Le calendrier vaccinal français après 65 ans ne se résume pas à la grippe et au rappel DTP. Avec la recommandation HAS de juillet 2026 sur le vaccin conjugué 21-valent CAPVAXIVE pour tous les adultes de 65 ans et plus, la stratégie pneumococcique change de dimension. Nous faisons le point sur les vaccinations qui comptent réellement pour réduire les complications chez les seniors.
Pneumocoque après 65 ans : ce que change la recommandation HAS de juillet 2026
La Haute Autorité de santé a actualisé en juillet 2026 sa stratégie vaccinale contre les infections invasives à pneumocoques. Elle recommande désormais l’usage préférentiel du vaccin conjugué 21-valent (CAPVAXIVE, ou VPC21) en dose unique chez tous les adultes de 65 ans et plus, y compris ceux sans comorbidité.
Ce passage à un schéma universel en dose unique simplifie la démarche. Auparavant, la vaccination pneumococcique ciblait surtout les personnes à risque (immunodépression, pathologie chronique respiratoire ou cardiaque). L’élargissement à l’ensemble des plus de 65 ans vise à mieux couvrir les sérotypes responsables d’infections invasives graves : méningites, bactériémies, pneumonies nécrosantes.
Pour les praticiens, la question du rattrapage se pose. Un patient déjà vacciné avec un ancien vaccin conjugué 13-valent ou un vaccin polysaccharidique 23-valent peut recevoir le VPC21, mais le délai minimal entre les doses et la pertinence clinique du rattrapage dépendent du schéma antérieur. Nous recommandons de vérifier systématiquement le carnet vaccinal avant toute injection.

Grippe saisonnière chez les seniors : couverture vaccinale en berne malgré la gratuité
La vaccination antigrippale est recommandée chaque automne pour toutes les personnes de 65 ans et plus. Le vaccin est pris en charge à 100 %. La couverture vaccinale stagne dans cette tranche d’âge en population générale, un constat partagé par la Direction générale de la santé et l’Assurance maladie.
En Ehpad, le taux dépasse les 80 %. En ville, la situation est très différente. Les freins ne sont pas financiers mais comportementaux : reports successifs, sentiment de ne pas en avoir besoin, défiance post-pandémique.
Grippe et obligation vaccinale des soignants : un effet indirect
La HAS a recommandé en juillet 2026 la vaccination obligatoire des soignants contre la grippe. Cette mesure, si elle est traduite réglementairement, devrait réduire la transmission nosocomiale vers les patients âgés, notamment en établissement. Mais elle ne remplace pas la vaccination individuelle du senior lui-même : les deux protections sont complémentaires.
Rappel DTP et coqueluche : des intervalles à ne pas négliger
Le rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite reste recommandé à âges fixes (65, 75, 85 ans, puis tous les dix ans). Un retard de quelques années ne remet pas en cause la mémoire immunitaire, mais au-delà de dix ans sans rappel, la protection tétanique chute significativement.
La coqueluche mérite une attention particulière chez les grands-parents en contact avec des nourrissons non encore protégés. La stratégie dite du « cocooning » consiste à vacciner l’entourage d’un nouveau-né pour limiter la transmission. Nous observons que cette indication est souvent méconnue des patients de plus de 65 ans, qui ne se considèrent pas comme des vecteurs potentiels.
- Le vaccin combiné dTcaP (diphtérie, tétanos, coqueluche, polio) permet de couvrir les quatre valences en une seule injection, ce qui simplifie le rattrapage.
- Un antécédent de coqueluche ne dispense pas de la vaccination : l’immunité naturelle décline en quelques années.
- Le rappel coqueluche n’est pas systématique à chaque échéance DTP. Il se discute au cas par cas, en fonction du contexte familial.
Zona et COVID-19 : deux vaccinations distinctes, deux logiques différentes
Le vaccin recombinant contre le zona (Shingrix) est recommandé à partir de 65 ans. Le zona n’est pas qu’une affection cutanée : les douleurs post-zostériennes chroniques touchent une proportion notable de patients âgés et résistent souvent aux antalgiques classiques. Le schéma vaccinal comprend deux doses espacées de deux à six mois.
Pour le COVID-19, la recommandation prévoit une dose de rappel chaque automne pour les 65 ans et plus. Une dose supplémentaire au printemps est réservée aux personnes de 80 ans et plus ainsi qu’aux résidents d’Ehpad. Le rythme semestriel pour les plus fragiles traduit la décroissance rapide de la protection vaccinale chez les sujets très âgés.
Priorisation et co-administration
Les vaccins grippe et COVID-19 peuvent être administrés le même jour, sur deux sites d’injection différents. En revanche, la co-administration du vaccin zona avec d’autres vaccins doit être discutée avec le médecin traitant, les données d’immunogénicité croisée étant encore limitées dans cette tranche d’âge.
- Grippe + COVID-19 : co-administration possible et recommandée en campagne automnale.
- Pneumocoque (VPC21) : injectable à tout moment de l’année, indépendamment des campagnes saisonnières.
- Zona : à planifier en dehors d’un épisode aigu de zona, idéalement plusieurs mois après une éventuelle récurrence.

Vérifier son statut vaccinal après 65 ans : un réflexe sous-estimé
Le carnet de vaccination papier reste le document de référence, mais il est fréquemment perdu ou incomplet chez les patients de plus de 65 ans. Le médecin traitant peut reconstituer un historique partiel à partir du dossier médical partagé et des relevés de l’Assurance maladie.
En l’absence de preuve documentée, la conduite habituelle consiste à reprendre un schéma de rattrapage plutôt qu’à multiplier les sérologies. Une dose supplémentaire de vaccin inactivé ne présente pas de risque particulier, alors qu’une couverture insuffisante expose à des complications réelles.
La vaccination après 65 ans repose sur un nombre limité de vaccins, mais chacun répond à un risque spécifique et documenté. Le VPC21 en dose unique pour le pneumocoque, le rappel DTP à intervalles fixes, la grippe chaque automne, le zona en deux doses et le COVID-19 selon l’âge forment un socle cohérent. Un point vaccinal annuel avec le médecin traitant reste le moyen le plus fiable d’éviter les oublis.

